la science en marche : Fouloscopie, de Mehdi Moussaïd

Savez-vous que la foule s’organise spontanément à la manière d’une fourmilière ou d’une termitière ? Qu’elle est capable de deviner le poids d’un boeuf au kilogramme près ? Qu’elle peut écrire une encyclopédie ?

Mais qu’elle peut aussi devenir meurtrière ou indifférente à la souffrance, provoquer des mouvements de panique injustifiés et incontrôlables ?

C’est tout ce que nous apprend Mehdi Moussaïd dans son livre Ce que la foule dit de nous, un remarquable livre de vulgarisation scientifique à bien des égards.

Mehdi Moussaïd est donc officiellement éthologue, spécialisé dans l’étude des foules, profession que Marion Montaigne, autre remarquable vulgarisatrice, autrice de Dans la combi de Thomas Pesquet et de la série Tu mourras moins bête avec le Professeur Moustache, a rebaptisé espièglement foulologue.

Notre chercheur étudie les attroupements et les déplacements d’homo sapiens en milieu urbain, prenant exemple sur ses collègues éthologues des autres espèces (ichtyologues, ovinologues, termitologues, myrmécologues…), interrogeant sociologues, psychologues, physiciens (à particules), mathématiciens (tendance statistiques et réseaux), épidémiologistes, et bien d’autres, il essaie de décrire et de comprendre nos réactions quand nous sommes en foule.

Ce qui a l’air d’être de la recherche pure se révèle parfois vitale. Car quatre accidents mortels arrivent chaque année en moyenne à cause de mouvements de foules incontrôlées lors de rassemblements religieux, sportifs ou festifs essentiellement, qui peuvent faire des dizaines, voire des centaines de morts en quelques minutes.

Il existe des techniques et des méthodes pour éviter certains mouvements de panique ou au contraire une inertie dangereuse, le tout étant de les appliquer au bon moment, ni trop tôt, ni trop tard. Et expliquer les déplacements d’homo sapiens, c’est aussi comprendre comment les épidémies, réelles ou virtuelles, se propagent à travers le monde ou internet.

Mais la science ne se fait pas toute seule, et à travers l’étude de son sujet, notre auteur décrit avec humour les grandeurs et les avanies du métier de chercheur, les hypothèses à formuler, les protocoles d’expériences à élaborer, les données à extraire, les résultats à analyser, les publications à faire valider. La recherche est un long parcours du combattant, dont les résultats sont sans cesse remis en cause par les avancées de la science, de toutes les sciences !

Écrit dans une langue claire, émaillé d’anecdotes savoureuses ou tragiques, ce petit livre de deux cents pages allie rigueur et humour, et offre une synthèse très accessible à tous sur un sujet dont nous sommes les principaux acteurs quotidiens. C’est une lecture très agréable et une ouverture sur la science comme on aimerait en lire plus souvent !

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Portrait de la chasse aujourd’hui : « L’animal et la mort aujourd’hui », de Charles Stépanoff

Il y a un certain plaisir à découvrir un auteur avant tout le monde. Ainsi j’ai fait la connaissance de Charles Stépanoff peu après Nastassja Martin, dans mon trip sibérien. Il parlait alors des chamanes de Sibérie d’une manière à la fois très savante, très documentée, et très claire.

Reprenez donc le même ethnologue, interdisez-lui son terrain d’enquête septentrional pour cause de pandémie et plongez-le dans le Perche (pour ceux qui ne connaissent pas, c’est entre Alençon et Vendôme). Là, laissez-le faire ; interroger les autochtones de tous poils sur un sujet parfaitement polémique : la chasse.Laisser maturer, servez en décembre 2021 dans ma petite librairie de campagne sans même que j’ai à le commander (on est dans un pays de chasse ici). Accompagnez d’une matinale sur France-Culture. Dégustez les presque 380 pages lentement.

Lentement, car si la prose de Charles Stépanoff est tout à fait accessible au commun des mortels, elle n’en est pas moins très rigoureuse et très dense. L’auteur analyse ici les rapports de notre société avec le monde sauvage et la mort, et, au prisme de l’interface privilégiée entre les deux, à savoir la chasse, il déroule une longue enquête à la fois dans l’espace et dans le temps.

Dans ce livre, on croise des chasseurs percherons et tuva et des antichasseurs romains et percherons, mais aussi des nobles passionnés, des rois invincibles, des bourgeois conquérants, des paysans braconniers, des Cévénols réfractaires, des faisans d’élevage, des perdrix dénaturées, des loups persécutés, des cerfs malins, des chiens futés, des hommes politiques, des philosophes, des naturalistes, des écologistes, des experts, des ermites, des moines, des gardes-chasse, des chasseresses, des mythes, des légendes…

Car le monde dit sauvage est complexe, plein de degrés de sauvagerie, et jamais indemne de la présence humaine jusqu’au tréfonds de la Sibérie. Comme est complexe la société des chasseurs, qui n’est une et indivisible qu’aux yeux des antichasseurs dont les courants sont eux aussi multiples.

Et c’est cette complexité que nous rapporte Charles Stépanoff. Car qui connaît le mieux le monde animal, sauvage ou domestique? Celui qui chasse ou celui qui défend les animaux ? Et quels animaux défend-on ? Pourquoi ? Comment ? Au détriment de qui ? Au détriment de quoi ?

À l’image de la duchesse d’Uzès qui fut longtemps maîtresse d’équipage et adhérente de la SPA, la chasse et la défense des animaux sont deux mondes connectés, pour le meilleur et pour le pire. Chacun parle au nom de ces animaux qui ne parlent pas, et chacun leur fait dire ce qui l’intéresse… Quant à la sauvagerie, aucun humain dans cette histoire n’en est avare.

En conclusion ? C’est compliqué. Très. La chasse n’est qu’un révélateur du rapport de toute notre société non seulement aux animaux, mais aussi à tout le vivant qui nous entoure, et à la mort que de plus en plus nous cherchons à tenir à distance de nos vies. Charles Stépanoff a pris cette complexité à bras le corps et la décortique, sans jamais donner de réponse définitive, sauf peut-être une : il est temps de nous interroger nous-mêmes sur le regard que nous portons sur le monde qui nous entoure.

Vous reprendrez bien un peu de réflexion, en dessert ?

article paru pour la première fois sur Blogger in fabula

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Polar sec : Drive, de James Sallis

Chaudement recommandé par un ami bibliophage exigeant, je me suis offert un petit polar bien noir. La présence du beau Ryan Gosling sur la couverture a aidé à l’achat, il faut en convenir.

Voici donc le Chauffeur, cascadeur le jour et convoyeur de truand la nuit, qui se retrouve dans une chambre de motel avec trois cadavres sur le bras valide qui lui reste. Le moins qu’on puisse dire est qu’il n’est pas content. Froidement pas content. Il n’aime pas les entourloupes, surtout meurtrières. Mais quand on fréquente le monde des braqueurs, ce sont des choses dans l’ordre du possible.

Après un petit détour par le destin qui l’a mené dans cette chambre de motel, puis un indispensable et très court séjour auprès d’un vieux médecin peu regardant, il se met en quête, méthodique, de celui ou ceux qui ont voulu le tuer.

Cette histoire courte et percutante est comme un flash dans la vie d’un homme très discret et rigoureux, qui mène sa vie au volant des automobiles consciencieusement et professionnellement quelle que soit la tâche qu’il effectue. Le solitaire dans toute sa splendeur, fidèle à ses quelques amis choisis, sans jugement. Monstre froid ? Pas exactement. Plutôt apatride volontaire, sans attaches, vivant uniquement pour sa passion.

C’est un livre qui ne dure pas longtemps, à peine le temps d’une course-poursuite. Mais le dépaysement est total. Pas de complications, peu de pathos. Juste une ballade un peu meurtrière mais terriblement efficace.

Ça vous tente ? Bien. Montez. Foncez. Laissez-vous conduire.

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Rencontre sanglante : croire aux fauves, de Nastassja Martin

Poursuivant mon périple littéraire sibérien, je suis partie à la rencontre de la femme qui a vu l’ours et a accompli un grand voyage initiatique, qu’elle nous livre dans un récit concis, au style étonnant.

Le 25 août 2015, Nastassja Martin, ethnologue française qui étudie les Evènes dans la péninsule du Kamchatka, rencontre un ours. La rencontre est violente : l’ours emporte la moitié du visage de la jeune femme, Nastassja plante son piolet dans la chair de l’animal qui s’enfuit.

Grâce au sang-froid de son compagnon de randonnée, à l’armée russe et aux médecins de Pétropavlosk, Nastassja survit à sa rencontre. Commence pour elle un voyage intérieur, mêlant reconstruction physique, psychologique et recherche de sens de cet événement hors normes. Dans cette quête, les épreuves ne sont pas toujours celles auxquelles on s’attendrait, et le sens qu’elle donne à cette rencontre, à ces rencontres dont celle de l’ours n’est qu’une parmi d’autres, nous déroute, littéralement ; nous emmène hors des chemins balisés par nos connaissances et nos croyances.

Car toutes les catégories auxquelles nous sommes habituées volent en éclats : qui est le plus rationnel, du chaman sibérien ou de la chirurgienne française ? Nastassja erre-t-elle dans les méandres d’un délire provoqué par ses souffrances ou bien suit-elle une voie (au sens asiatique du terme) ? Se laisse-t-elle guider par des impressions floues ou par l’esprit de l’ours ?

Récit à la fois clair, limpide, et pourtant plein d’ombres, ce livre est le reflet de la confusion de la narratrice et de son regard clinique d’ethnologue. Il est aussi plein de l’amour qu’elle porte à ses amis évènes, et à la contrée sauvage qui les abritent.

Narration courte, factuelle et qui nous emporte pourtant dans une autre réalité, l’expérience de Nastassja peut se lire à plusieurs niveaux. Une première lecture n’en fait qu’effleurer l’essence. On laissera donc reposer un peu, et puis on reprendra. La rencontre avec l’ours, le choc, la douleur, la recherche du sens, le retour, la boucle. On essaiera peut-être de comprendre. Ou pas. On peut préférer juste se laisser emporter par cette belle écriture singulière dans une contrée polyphonique et pluridimensionnelle.

C’est un beau récit, une expérience vécue du dedans et du dehors, qui fait réfléchir  hors des sentiers battus. C’est de la littérature à l’os, sans fioritures de style, où chaque mot est à sa place.

Une rencontre inoubliable.

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Biographie savoureuse : Le premier des chefs, de Marie-Pierre Rey

Tous ceux qui s’intéressent un peu à l’histoire de la cuisine connaissent Antonin Carême, le cuisinier des princes et le prince des cuisiniers. Son destin hors du commun l’a amené d’une enfance dans la plus grande pauvreté à la gloire que peu de cuisiniers ont connu avant et même après lui. Né peu de temps avant la Révolution, il a connu tous les soubresauts du début du 19e siècle. Jeune pâtissier prodige, il a enchanté Paris avec des recettes feuilletées d’anthologie. On lui doit les croquembouches ou encore la charlotte. Puis, passant à la cuisine, il continue de se perfectionner et réalise des « extras », dîners extraordinaires de 10 à plusieurs centaines, voire milliers de participants. Il a servi Talleyrand, les Bonaparte, le Tsar de toutes les Russies, le Régent du Royaume Uni, les princes allemands, les Rothschild. On dit de lui qu’il a par ses dîners permis la paix en Europe ! Carême est une légende.

Antonin Carême, gravure de Pierre Fontaine

Et comme toutes les légendes, il faut parfois arriver à démêler le vrai du faux et de l’exagéré, ce qui n’est pas toujours simple. Car si le cuisinier est bien connu, l’homme derrière les plats et les casseroles l’est moins. Si Carême a laissé des livres de cuisine qui ont fait autorité pendant plus d’un siècle et ont inspiré jusqu’à la cuisine d’aujourd’hui, il n’a laissé qu’une courte autobiographie qui a ses parts d’ombre.

Marie-Pierre Rey nous convie donc à la découverte d’Antonin Carême et de son art, l’un étant indissociable de l’autre. Elle nous entraîne sur les pas d’un homme parti de rien, qui est devenu de son vivant le cuisinier le plus renommé de toute l’Europe, de Saint-Pétersbourg à Londres en passant par l’Italie. Elle nous explique son ascension fulgurante, grâce à des maîtres qu’il a toujours pris soin de remercier, et à des rencontres prestigieuses, dont celle de Talleyrand qui lui ouvrit les portes des cours européennes. Elle prend soin de replacer ce génie dans son temps, mais aussi de commenter son œuvre, qui n’est pas pour rien dans sa gloire. Car Carême a eu soin de transmettre ce qu’il considérait comme un art, de plusieurs manières : d’une part en formant des cuisiniers qui ont perpétué son art culinaire, mais aussi en écrivant des livres qui seront le socle de la grande cuisine française jusqu’à Auguste Escoffier, et enfin en défendant sa profession et en cherchant à la structurer.

Quelles impressions nous reste-t-il à la fin de cette biographie ? D’abord celle d’avoir fait connaissance avec un homme sympathique, curieux de tout et attentif aux autres. Celle d’avoir affaire à un travailleur forcené qui a laissé au service de son art sa santé, mort avant ses 50 ans. Celle d’un passionné, aussi bien sur le plan pratique que sur le plan théorique et qui a impulsé nombre de bases en cuisine sur lesquelles nous pouvons encore compter aujourd’hui. En somme, un homme exceptionnel qui n’a pas usurpé le titre du livre qui lui est consacré : le premier des Chefs.

Et comme on ne peut pas partir sans quelques amuse-gueules, ce livre trouvera toute sa place en cuisine puisqu’il comporte en annexe une centaine de recettes à tester…

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Clothilde II

Clothilde est la fille de Clovis et de sa seconde épouse Clothilde. Elle a été mariée à Amalaric, roi des Wisigoths et lui a donné deux fils. Grégoire de Tours raconte qu’elle s’est plainte à ses frères, après la mort de son père, de la brutalité de son époux. Ses frère font tuer Amalaric et Clothilde revient au royaume des Francs. Elle meurt sur la route du retour et fut inhumée près de ses parents.

Bruno Dumézil dans sa biographie de Brunehaut présente la mort d’Amalaric comme une mort sur le champ de bataille à la suite d’un raid parmi d’autres des Francs sur la Septimanie.

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120 battements par minute

Dans les années 1980, les personnes séropositives s’organisent pour obtenir des traitements efficaces contre le SIDA qui les menacent de mort. Nathan, qui entre dans un groupe Act Up, rencontre Sean et découvre la radicalité du combat de cette association.

Ce film est une ode à la vie, qui nous rappelle que cette dernière peut être à la fois flamboyante et fragile, et désespérément courte

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Antirapport d’activité : antimanuel de la lecture publique, par Papier Machine

antimanuel de la lecture publique

En matière d’espièglerie, la Belgique a toujours eu une longueur d’avance. Au pays de Magritte, il est certainement possible de commander un rapport à une entreprise d’audit. Mais il est tout aussi facile et bien plus tentant de confier la rédaction d’une description des actions des bibliothèques de Waimes et Malmedy dans la province de Liège, la très fameuse Wamabi, de confier cet exercice, disais-je, à une revue oulipoesse, Papier Machine.

Et c’est ainsi que ma bibliothèque personnelle s’est enrichie par voie postale d’un petit livre difficilement classable, entre ouvrage poétique, lexique prévertin et petite introduction à la gymnastique bibliothéconomique tendance japonisante.D’agitation à tricot, en 36 entrées et bien plus de sorties, il s’agit de découvrir de façon quasiment onirique le métier protéiforme de bibliothécaire (le terme regroupant pour l’occasion, c’est bien précisé, toute personne salariée de la Wamabi sans distinction de grade statut ou autre élément plus ou moins visible), le tout sans ingestion de substances illicites mais avec une bonne dose d’esprit créatif.

Ce petit opus ne révolutionnera pas la vision de leur métier et de leurs missions qu’ont les bibliothécaires et autres documentalistes, mais il permettra de les aborder par des angles inédits et de pouvoir mettre des mots nouveaux (quoique très anciens) sur des réalités quotidiennes.En picorant ici et là de 36 manières, j’ai revisité plaisamment le métier, bien calée dans un fauteuil en sirotant sa tasse de thé. Je me suis sentie moins seule tout à coup, et portée à plus de rêve dans mes innombrables tâches quotidiennes. Je suis désormais confortée dans ma vision expérimentale de ma gestion de petit CDI de collège, et tout cela n’est pas rien !

En ce début de vacances, où la tension du travail se délite pour faire place à la mélancolie dans un processus de décompression somme toute assez répandu, la lecture de ce petit ouvrage invite à l’introspection professionnelle joyeuse et donnerait presque envie de se retrousser les manches dans un grand éclat de rire face à l’absurdité du monde et de notre condition en particulier.

antimanuel de la lecture publique, par Papier Machine

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